17 janvier 2023

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Temps de lecture : 10 minutes

Actualité : analyse des prix de l’énergie (électricité, gaz, pétrole…)

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Comme chaque semaine, découvrez l’analyse de nos experts sur l’actualité du marché de l’énergie (électricité, gaz, pétrole, charbon…) pour une clôture des prix au 13 janvier 2023.

Marché de l’électricité

Les prix de l’électricité poursuivent leur chute fantastique

Cette semaine, après avoir légèrement augmenté en début de semaine, la courbe de long terme sur les marchés de gros de l’électricité en France a brutalement chuté en fin de semaine. En effet, les prix du contrat CAL24 Baseload ont diminué de -41,09 €/MWh cette semaine en clôturant à 178,48 €/MWh ce vendredi 13 janvier (soit une baisse de -18,71 %).

La France redevient exportatrice nette d’électricité

La France a été importatrice nette d’électricité sur toute l’année 2022 (sauf en février et en mai). En raison des améliorations de production nucléaire par EDF, d’une demande plutôt faible et d’une forte production d’électricité éolienne, RTE a annoncé ce mardi 10 janvier que la France est redevenue exportatrice nette d’électricité ! La ministre de la Transition énergétique a même indiqué qu’il n’y a plus de craintes à avoir quant aux récentes annonces de potentielles coupures cet hiver. Cette réconciliation avec le statut de premier exportateur d’électricité permet de sécuriser l’approvisionnement en Europe et d’abaisser la pression côté offre. La disponibilité nucléaire en France approche des 75 %. Par conséquent, cela se matérialise par une baisse notable des prix. EDF a néanmoins prolongé les arrêts de 2 réacteurs (Chooz 1 et Blayais 1);

Le système énergétique européen très critiqué

Face à la flambée des prix de l’énergie, le groupe parlementaire CRCE a fait une proposition de résolution pour demander de sortir du marché européen : « le mythe de la libéralisation du secteur de l’énergie qui devait faire baisser les prix n’a pas protégé les consommateurs et les économies européennes ». Le texte a été repoussé par 180 voix « contre » face à 154 voix « pour ». La ministre de la Transition énergétique a ainsi réaffirmé ne pas souhaiter sortir du marché européen de l’électricité en raison de son rôle de leader dans l’équilibrage du réseau. Le sujet d’une sortie du marché européen prend de l’ampleur, de même que pour réformer le mécanisme de construction des prix (« merit order »).

Le projet de loi d’accélération du renouvelable voté à l’Assemblée nationale

En 2022, le président Emmanuel Macron a fixé de nouveaux objectifs ambitieux sur le développement des énergies renouvelables, visant 100 GW de capacité solaire et 77 GW d’éolien, dont 40 GW en mer, d’ici 2050. Actuellement, la France dispose d’environ 15,8 GW de solaire et 20,4 GW d’éolien, dont 480 MW en mer. Les mesures du projet visent à baisser le temps nécessaire aux formalités administratives afin d’atteindre ces objectifs ambitieux.

Les prix de gros de l’électricité ont atteint des niveaux « acceptables » par rapport à la situation de fin 2022. Le maintien d’une demande baissière adossé à une disponibilité nucléaire croissante permet d’atténuer les tensions sur le réseau et la volatilité sur le marché. Les perspectives d’évolution des prix de gros sont plutôt baissières à court terme au regard de la situation entre l’offre et la demande qui s’améliore.

De jours en jours, la tendance reste donc baissière, à mesure que l’hiver doux avance et que la production nucléaire augmente. Par ailleurs, la chute conjuguée des prix du gaz naturel, et du charbon thermique, contribue à orienter d’autant plus les prix de l’électricité à la baisse. Nous suivrons ces prochaines semaines avec attention.

Loïc Arilaza, Analyste Pricing

graphique prix électricité 2023

Marché du gaz

Le prix du gaz, en chute vertigineuse depuis maintenant plusieurs semaines

Après avoir légèrement augmenté en début de semaine, le prix du gaz se corrige à la baisse pour cette deuxième semaine de janvier. À court et plus long terme, les différents produits calendaires connaissent des variations similaires. Cependant, concernant le PEG CAL 2024, la baisse est davantage accentuée, ce qui témoigne d’une volatilité plus importante à court terme. Pour l’illustrer, les contrats pour une livraison en 2024 ont clôturé à 63,01 €/MWh le 13 janvier 2023, soit en baisse de 3,90 €/MWh sur la semaine.

Total Energies, acteur majeur de la stabilisation des prix du gaz en France

De semaines en semaines, comme nous l’annonçions à plusieurs reprises, l’avenir énergétique de l’approvisionnement gazier est toujours aussi incertain en Europe. Il est vrai qu’actuellement l’ensemble des produits gaziers sont baissiers. Cependant, cette tendance pourrait ne pas se maintenir sur le plus long terme. Les décisionnaires de la Commission Européenne sont conscients qu’un partenaire aussi important que la Russie ne se remplace pas aussi facilement. C’est pour cette raison que l’ensemble des décisionnaires européens incitent tous les acteurs à prendre des initiatives à leur niveau. Des efforts de sobriété énergétique sont demandés aux consommateurs, et ceux-ci sont plutôt bien respectés.

En parallèle, les plus grosses entreprises énergétiques multiplient les projets gaziers. C’est le cas notamment de Total Energies, qui lance son premier terminal flottant de gaz naturel liquéfié en Allemagne. C’est une aubaine pour cette nation, confrontée dernièrement à des difficultés d’approvisionnement suite à l’arrêt des flux russes. Quatre autres terminaux flottants sont prévus dans l’année, ce qui permettra de renforcer la logistique déjà installée. Aux 4 coins du monde, l’offre de GNL est plutôt conséquente. Néanmoins, les infrastructures installées ne permettent pas forcément d’optimiser les flux de GNL arrivant des différents pays producteurs. Ces investissements sont donc essentiels à la stabilisation de l’équilibre offre/demande. Ce projet permettra d’apporter à nos voisins allemands une capacité de regazéification de 5 milliards de mètres cubes par an. Entre autres, la demande du pays sera couverte à 5%, ce qui est déjà un bon début.

De nouveaux projets pour développer l’offre de biogaz

Total, le géant énergétique français souhaite se positionner sur tous les fronts. C’est notamment dans les Pyrénées –Atlantique que le groupe a annoncé mettre en place la plus grande usine de biogaz en France. Ce projet aura de multiples effets sur le long terme, et permettra donc de faire d’une pierre trois coups. Dans un premier temps, le développement de cette énergie aura vocation à respecter les objectifs environnementaux fixés par l’UE. Dans un second de temps, la France sera davantage autonome concernant son approvisionnement en gaz. Ce pays dépendra moins de l’extérieur, ce qui se fera donc ressentir sur les futures factures des consommateurs français. Cet élément arrive au bon moment, sachant que les TRV gaz pour les particuliers sont voués à disparaître.

En dernier point, nous savons que le marché de l’énergie est interconnecté. L’émancipation énergétique d’un pays pourrait impacter positivement d’autres nations. Au niveau énergétique, l’indépendance économique permet de réduire les exportations. De par ce mécanisme économique, les tensions seraient donc susceptibles d’être moindres sur le marché du gaz, du fait d’une demande restreinte.  Entre 40 et 50 projets de cette envergure sont prévus à l’horizon 2030, ce qui confirme la volonté de l’État français de s’émanciper progressivement

À court terme, les nouvelles sont toujours aussi bonnes. En Allemagne par exemple, les réservoirs de gaz pourraient être remplis à 65% d’ici fin mars, si les températures ne chutent pas brutalement. À noter que ceux-ci étaient remplis à 26% l’année dernière. Il en est de même pour la France, donc les stocks de gaz s’élèvent actuellement à 81,4%. Cet élément pourra permettre à l’ensemble des pays européens de commencer le remplissage des stockages de gaz pour 2022/2023 dans de bonnes conditions.

Yanice Meguenni, Analyste Pricing

À plus long terme, les nouvelles sont aussi rassurantes. Nous avons l’Espagne qui demande à l’UE de prolonger le plafonnement du prix du gaz ibérique jusqu’à fin 2024. Cela permettra dans un premier temps de sécuriser le prix du gaz utilisé pour produire de l’électricité. Et dans un deuxième temps, cette nouvelle aura aussi un impact sur la volatilité du prix de l’électricité qui sera moins élevée.

Yanice Meguenni, Analyste Pricing
graphique prix gaz v2023

Marché du pétrole

Les cours repartent à la hausse sur fond d’optimisme de reprise chinoise

Cette semaine, le prix de l’or noir (BRENT de la Mer du nord, et pour une livraison en mars 2023) s’oriente clairement à la hausse pour atteindre 85,28 $/baril le vendredi 13 janvier, soit +6,71 $/baril de moins en une semaine (+8,54 %).

Après un début d’année plus que morose sur les marchés mondiaux du brut, cette semaine voit les deux références mondiales (BRENT et WTI) repartir à la hausse. L’optimisme semble donc être de retour, malgré l’augmentation des cas de contaminations dus à la crise sanitaire en Chine. Les perspectives semblent toutefois être meilleures à l’approche du Nouvel an chinois, toujours synonyme de grands déplacements. De plus, un dollar plus faible qu’en fin décembre devrait également booster les importations des pays libellés dans une autre devise, dont la Chine fait partie.

Du côté de l’offre, la publication hebdomadaire de l’état des réserves stratégiques américaines a montré une hausse importante des stocks, à contre-courant des anticipations du marché. En effet, la Maison blanche reconstitue les stocks dans lesquels elle a allègrement puisé au plus fort de la crise énergétique initiée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Ailleurs dans le monde, les relations géopolitiques entre le Venezuela et les Etats-Unis se réchauffent, certainement grâce à la crise énergétique. Le Venezuela pourrait ainsi, dans un futur relativement proche, fournir quelque 700 000 barils/jour de plus sur le marché mondial. Une bonne nouvelle. On vous en parle plus bas.

Les bonnes perspectives de reprise chinoise orientent les cours

Fin décembre, le gouvernement chinois annonçait rouvrir ses frontières et mettre fin à sa politique austère du zéro-Covid. Si l’optimisme a mis du temps à revenir début janvier avec la hausse des cas de contaminations au virus, il semblerait que la tendance se soit inversée. En effet, dès lundi 9 janvier, le BRENT gagnait 1,37 % sur la session précédente pour s’établir à 79,65 $/barils. La Chine mettant fin à presque trois ans d’isolement international, les anticipations de reprise de la consommation de carburant dans le pays orientent clairement les prix à la hausse. Dans le même temps, le dollar perd des plumes sur les autres devises, ce qui pousse à augmenter le pouvoir d’achat des pays disposant d’autres devises que le billet vert, la monnaie de référence sur le marché.

La tendance n’est pourtant pas claire et les cours mondiaux cherchent toujours une direction précise pour ce début d’année 2023. La prudence reste de mise donc, selon certains spécialistes du sujet. En effet, si le Nouvel an chinois doit redonner des couleurs à l’économie et au transport de personnes comme de marchandises, c’est aussi une occasion pour le virus de se propager à grande échelle. La situation sanitaire chinoise continuera ces prochaines semaines à donner le ton sur le marché mondial. Toute mauvaise nouvelle sanitaire du gouvernement chinois pourrait donc très rapidement retourner la tendance.

Le niveau des réserves stratégiques et commerciales augmentent aux US, contre les anticipations

Chaque semaine, l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) publie ses données sur l’état des stocks stratégiques américains. Alors qu’une grande partie des analystes anticipait une réduction du niveau des réserves, il s’avère finalement que les quantités disponibles soient bien au-delà des espérances. En effet, le souhait de reconstituer les stocks est clair depuis maintenant plusieurs semaines, et l’atteinte de cet objectif est sur la bonne voie. Les stocks ont augmenté de près de 19 millions de barils supplémentaires. C’est une hausse exceptionnelle, notamment due aux ruptures d’activité des raffineries fin décembre 2022.

Par ailleurs, si le gouvernement américain a abondamment puisé dans ses stocks au plein cœur de la crise, la tendance s’est clairement inversée. Les cours ayant chuté depuis le mois d’août 2022, il n’est plus nécessaire d’inonder le marché de barils supplémentaires. Ces dernières semaines, la Maison blanche n’a retiré « qu’environ » 800 000 barils, contre plusieurs millions chaque semaine depuis le début de l’année 2022.

Néanmoins, cette bonne nouvelle concernant l’offre disponible n’a eu que peu d’impact à la baisse sur la courbe. En effet, selon les spécialistes, on pourrait voir d’ici 6 à 9 mois environ 1 million voir 1,5 million de barils de nouvelle demande chinoise. Même si l’idée ne fait pas consensus, la potentielle augmentation de la demande chinoise avec sa reprise économique annoncée domine les anticipations des acteurs.

Venezuela : les relations continuent de se réchauffer, une bonne nouvelle côté offre

Au Venezuela, les relations avec les Etats-Unis continuent de s’améliorer. Si le pays n’est pas totalement sorti de l’embargo imposé par le géant américain, la reprise des activités d’exploitation pétrolière (notamment par l’américain Chevron) devrait faire du bien à la fois au pays (revenus importants) et à l’offre mondiale. On parle ici d’une augmentation de l’ordre de 700 000 barils/jour, ce qui reste important, d’autant que la demande reste pour l’heure relativement faible.

graphique prix pétrole 2023

Marché du charbon

Le charbon se stabilise et finit la semaine en légère hausse

Pour le charbon, la courbe de long terme s’oriente légèrement à la hausse cette semaine. En Europe, le vendredi 13 janvier et pour une livraison en 2024 (Rotterdam API 2 Cal 2024), la tonne de charbon se négociait à 167,02 $/t, soit une variation de +0,69 $/t en une semaine (+0,41 %). À court terme, le produit pour une livraison en février (Rotterdam API 2 February 2023) perdait quant à lui 1,35 $/t en une semaine, pour s’établir à 169,35 $/t toujours le 13 janvier. 

Les températures, même si elles restent relativement douces pour la saison, commencent à baisser. Le prix du gaz naturel poursuit également sa chute, ce qui lui permet d’être toujours privilégié par rapport au charbon thermique. La consommation de charbon devrait néanmoins rester importante, notamment tirée par l’Allemagne qui doit compenser son manque d’approvisionnement en gaz russe et faire tourner ses centrales à charbon pour pallier l’intermittence des énergies renouvelables.

Au niveau mondial, la consommation de charbon est attendue en hausse pour cette année 2023. Sur l’année 2022, les importations de charbon thermique de l’Inde, par exemple, ont augmenté de près de 15%, et la tendance pourrait se maintenir en 2023. La Chine également pèse sur la demande mondiale. Si le redémarrage économique s’opère bien et rapidement, cette nouvelle demande pourrait réorienter encore les cours à la hausse. Même si le pays produit des quantités importantes, la production domestique ne suffit pas à répondre à la demande. L’ère du charbon est donc encore devant nous, et si l’offre se réduit (conditions météorologiques défavorables par exemple, comme constaté sur une bonne partie de l’année 2022 en Australie ou encore en Indonésie) la tension exercée sur la courbe continuera d’être importante. À suivre.

graphique prix charbon 2023

Marché du CO2

Le prix de la tonne de CO2 remonte globalement sur la semaine

Le marché européen d’échange de quotas d’émission repart légèrement à la hausse, même si la volatilité un jour sur l’autre est présente. Le vendredi 13 janvier, le contrat de référence ICE EUA Dec. 23 clôturait la semaine à 79,86 €/t, soit 2,47 €/t de plus que le vendredi précédent (+3,19 %).

Cette semaine, le prix de la tonne de CO2 (contrat DEC. 23) remonte légèrement donc, à l’inverse des prix du gaz naturel qui continuent de baisser. Si le spectre du manque d’approvisionnement gazier est désormais loin, la situation n’est pas pour autant sans risques. La production thermique pourrait d’ailleurs repartir à la hausse jusqu’à la fin de l’hiver, les températures se rafraîchissant petit à petit.

D’un point de vue réglementaire, peu de nouvelles cette semaine. L’Union européenne maintient le cap et continue de réfléchir aux actions à mener en faveur de la transition énergétique des économies européennes. Le transport routier et l’aviation rentreront prochainement dans le système, une bonne nouvelle pour l’accélération de la réduction des émissions des gaz à effet de serre.

graphique prix co2 2023

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