4 octobre 2022

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Temps de lecture : 8 minutes

Marché de l’énergie : analyse de l’évolution sur la semaine du 26 septembre 2022

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Nos experts analysent pour vous chaque évolution sur le marché de l’énergie (gaz, électricité, pétrole, charbon et émissions) pour la semaine du 26 septembre 2022. Découvrez dans cet article leurs perspectives pour les semaines à venir.

Marché de l’électricité

Le retour à une certaine stabilité

Cette semaine, la courbe de long terme sur les marchés de gros de l’électricité en France a continué à suivre sa tendance baissière malgré une correction haussière en milieu de semaine. En effet, les prix du contrat CAL 23 Baseload ont diminué de -6,82 €/MWh en clôturant à 551,89 €/MWh ce vendredi 30 septembre, soit une légère baisse de -1,22 % en une semaine. La décorrélation constatée entre les marchés du gaz et de l’électricité de ces dernières semaines semble s’être arrêtée puisque le prix du gaz pour une livraison en 2023 a également baissé. Cette semaine confirme également l’atténuation de la volatilité des prix depuis début septembre. Les prix semblent se stabiliser dans un corridor de prix compris entre 500 €/MWh et 600 €/MWh comme l’illustre le graphique sur la page suivante.

Des ambitions énergétiques redéfinies en France : entre nucléaire et renouvelable

Dans la continuité de l’inauguration de son premier parc éolien off-shore, le gouvernement français a mis sur la table un projet de loi afin d’accélérer le développement du renouvelable. En effet, en mettant en avant l’urgence climatique et énergétique, la France veut rattraper son retard en facilitant la réalisation des projets renouvelables (photovoltaïques et éolien off-shore notamment). Cet accent mis sur les énergies renouvelables (EnR) suit une logique de sécurité d’approvisionnement énergétique dans un contexte d’envolée des prix. Pour rappel, cela devrait permettre de raccorder plus de 7 GW de capacités renouvelables en attente de connexion au réseau.

En parallèle, la France a également émis un projet de loi visant à accélérer le développement du nucléaire. C’est un virage politique que prend le gouvernement puisque la trajectoire précédente visait à diviser par deux le nombre de réacteurs nucléaires dans notre mix-électrique national. Le texte prévoit notamment l’installation de 6 nouveaux réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Ces différents projets de lois confirment la volonté de la France à éviter le recours aux centrales thermiques. Cet engouement envers le nucléaire semble être porté au-delà des frontières puisque l’AIEA prévoit un doublement de la puissance installée à horizon 2050 au niveau mondial.

Les premières mesures issues de la délibération de la Commission européenne

Un accord a été trouvé lors du rassemblement de la Commission européenne du 30 septembre. L’UE a ainsi tablé sur des mesures d’urgence pour réduire les factures face à la flambée des prix de l’énergie. Le plafonnement des prix de gros du gaz est encore à l’étude, soutenu par 15 des 27 pays. Les mesures portent sur une réduction de la consommation d’électricité d’au moins 5% durant les heures de pointes, ainsi que sur une réduction de la consommation mensuelle de 10%. De plus, l’accord prévoit la taxation des superprofits des producteurs d’électricité à bas coûts (EnR et nucléaire) via un plafonnement des revenus des producteurs à 180 €/MWh. La différence entre ce plafond et le prix de gros de marché sera alors récupérée par les Etats afin d’être redistribuée aux acteurs en difficulté.

 

Malgré des prix de gros toujours élevés, le marché de l’électricité semble se stabiliser sous la barre des 600 €/MWh en suivant une trajectoire baissière depuis début septembre. Le présumé sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2 ne semble pas apparaître comme un facteur haussier à court terme sur le marché puisque les flux étaient déjà à l’arrêt.

 

De plus, l’approche des 100% de taux de remplissage des stocks de gaz atténue la tension et participe à la stabilisation des prix de l’électricité. Du côté de l’offre, la trajectoire prise en France tend à sécuriser l’approvisionnement énergétique et à baisser la pression à long terme. Les risques pour le prix de l’électricité semblent s’orienter à la baisse, sous réserve d’une météo douce, d’un rythme d’importation de GNL soutenu et d’un redémarrage progressif des réacteurs nucléaires à l’arrêt.

Tristan BAUDU, Analyste Pricing

évolution prix électricité 2022

 

Marché du gaz

Le prix du gaz continue sur une pente descendante

Malgré une hausse fulgurante en début de semaine, le prix du gaz a pu se rattraper et terminer en dessous des prix constatés le vendredi précédent. Ces prix de gros restent toujours excessifs, mais cela reste encourageant pour les échéances à venir. Les contrats pour une livraison en 2023 (France PEG CAL 2023), ont clôturé à 164,12 €/MWh ce vendredi 30 septembre, soit une baisse de -7,7 €/MWh sur la semaine.

Sabotages suspectés sur les gazoducs Nord Stream

Les relations entre la Russie et l’Union européenne ne sont pas au beau fixe, et cela n’est pas prêt de s’arrêter. Des fuites de gaz provenant des gazoducs Nord Stream 1 et 2 ont été détectées dernièrement. De ce fait, les dirigeants russes suspectent certaines nations d’être à l’origine de ce sabotage. En effet, l’arrêt des exportations russes, si les infrastructures sont défaillantes, pourrait se faire au profit de certains pays, eux-mêmes producteurs de gaz, comme par exemple les Etats-Unis, la Norvège, l’Algérie etc… Cela leur permettrait de gagner des parts de marché, et donc d’accentuer la dépendance énergétique des pays européens à leur égard. De l’autre côté, les pays (notamment européens) accusent la Russie d’être à l’origine de cette attaque.

L’UE n’est plus aussi dépendante de la Russie par rapport à ce que nous avions connu auparavant. Nous constatons cela car cet incident ayant eu lieu ce mercredi 26 septembre, n’a eu un impact sur le prix du CAL 2023 qu’à très court terme. En fin de semaine, les prix du gaz ont pu revenir à la normale. Ce constat est synonyme d’apaisement sur le marché du gaz naturel. Les prix sont toujours aussi hauts, mais ils dépendent beaucoup moins d’évènements extérieurs en lien avec la Russie.

Une mesure d’urgence doit être trouvée

Lors de la réunion qui a eu lieu le 30 septembre, la majorité des Etats membres a pu statuer sur des mesures liées au prix de l’électricité. Concernant le gaz, la situation est plus délicate. En effet, dans le meilleur des cas, certains pays européens souhaiteraient que le prix du gaz soit plafonné à un certain prix. Cependant, les gros pays producteurs ne voient pas d’un bon œil la mise en place d’une telle mesure. Si celle-ci était mise en place, la Norvège ou la Russie par exemple, pourraient décider d’exporter leur gaz ailleurs, où le prix serait à la hauteur de leurs attentes. Une nouvelle réunion aura donc lieu les 11 et 12 octobre, pour qu’une décision soit prise.

 

A court terme, si aucun mécanisme n’est mis en place pour stabiliser le prix du gaz, celui-ci pourrait rester toujours aussi tendu d’ici 2023.

Actuellement, le prix se stabilise un peu car les pays européens compensent les pertes russes avec l’importation de GNL provenant des Etats-Unis, notamment. Cependant, cette alternative pourrait s’essouffler sur le plus long terme. La Chine, par exemple, dont l’activité économique reprend sérieusement, se repositionne en tant que forte consommatrice de GNL, ce qui a un impact non négligeable sur la demande au niveau mondial. 

Yanice MEGUENNI, Analyste Pricing

évolution prix gaz 2022

 

Marché du pétrole

L’OPEP+ se réunit le 05 octobre à Vienne : vers une hausse annoncée des cours ?

Cette semaine, l’or noir (BRENT de la Mer du nord, pour une livraison en décembre) reprend des couleurs à partir du mardi 27 septembre pour atteindre un prix de clôture de 87,96 $/baril le vendredi 30 septembre (+1,81 $/baril sur le vendredi précédent). Même si l’inflation mondiale progresse, et que les craintes de récession restent fortes (ce qui devrait impacter le niveau de la demande) la réunion de l’OPEP+ qui se tiendra à Vienne le 05 octobre pourrait voir les cours remonter.

En effet, l’Organisation des principaux pays producteurs pourraient réduire leurs quotas de production dans l’objectif de maintenir des cours « stables », en tout cas à un niveau intéressant pour le cartel. Certains analystes parlent déjà d’une réduction de la production de brut de l’ordre de 500 000 à 1 million de barils par jour. Nous en saurons plus le 05 octobre.

Quoiqu’il en soit, la demande de court terme semble se maintenir pour l’heure à un niveau stable. L’offre suit également la demande, ce qui a permis de stabiliser les cours ces dernières semaines. En Europe, l’entrée en vigueur de l’embargo sur le pétrole russe devrait toutefois porter un coup à l’offre. Même si la diversification de l’approvisionnement semble pouvoir s’opérer (notamment via les Etats-Unis), les craintes de tension sur l’offre existent bien. Le marché scrutera donc avec attention le résultat de la réunion de l’OPEP+.

Le dollar reste la principale monnaie d’échange de l’or noir. Depuis maintenant plusieurs semaines, la force du billet vert réduit encore le pouvoir d’achat des acteurs étrangers (libellés dans une autre devise, comme l’euro par exemple). Le coût d’importation du baril augmente, et la demande de court terme s’en voit donc réduite.

 

Globalement, le sentiment du marché reste tout de même pour une hausse des cours d’ici la fin de l’année. Si la production de l’OPEP+ se voit effectivement réduite d’1 million de barils/jour, le prix mondial du brut pourrait revenir à 100 $/baril d’ici fin décembre. Les perspectives sont donc plutôt haussières. Il semblerait donc que la baisse constatée suite au déblocage de millions de barils américains (en provenance de leurs réserves stratégiques) touche à sa fin.

Loïc ARILAZA, Analyste Pricing Team Leader

évolution prix pétrole 2022

 

Marchés du charbon et des émissions

Le prix du charbon repart à la hausse après plusieurs semaines d’accalmie

Du côté du charbon, la tendance est haussière cette semaine. Le vendredi 30 septembre, le prix européen pour une livraison en 2023 (API2 Rotterdam Cal 2023) atteignait 286,86 $/t, soit +6,81 $/t de plus en une semaine. A court terme, la même tendance s’est constatée alors que la production renouvelable a été plus faible en Europe. Le charbon gardera une place importante dans le mix énergétique européen, malgré son caractère très polluant. L’approvisionnement reste toujours une préoccupation majeure, et continue d’exercer des pressions haussières à long terme. Même si les craintes de récession sont réelles, l’Asie continuera également de jouer un rôle important sur la demande mondiale, notamment la Chine. Cette dernière prévoit d’ailleurs d’augmenter se production domestique pour faire face aux pénuries d’électricité comme c’était le cas cette année.

En France, les centrales à charbon existantes (réouverture pour certaines) vont permettre de faire face à cet hiver, surtout s’il est particulièrement rude. Facilement pilotable, elles permettront de répondre aux pics de demande, tout comme les centrales à gaz, malgré les coûts de production élevés. Les perspectives de long terme vont plutôt en faveur d’une augmentation des prix d’ici la fin de l’année. L’avenir nous en dira plus.

évolution prix charbon 2022

Le prix des quotas remonte légèrement dans le sillage des prix du charbon

Le marché européen des quotas d’émission repart légèrement à la hausse. Le contrat de référence Dec.22 atteignait 66,73 €/t, soit une variation de +1,46 % (+0,96 €/t) sur le vendredi précédent. Cette hausse des prix accompagne la hausse de la demande, et donc du prix du charbon au niveau européen. Comme nous le disions plus haut, la demande de charbon pour la production d’électricité devrait augmenter cet hiver. Mécaniquement, la demande de quotas d’émission s’orientera à la hausse, selon le principe du pollueur payeur.

Toutefois, cette hausse reste pour l’heure légère, et est à relativiser. Sans aide des pouvoirs publics, un certain nombre d’entreprises sera contraint de ralentir, voire de stopper leur activité. La crise énergétique majeure en Europe fait des dégâts, et une restructuration en profondeur du système n’est pour le moment pas encore sur la table. La direction des EUA n’est donc pas encore fixée. Affaire à suivre.

évolution prix c02 2022

 

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