27 septembre 2022

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Temps de lecture : 8 minutes

Marché de l’énergie : analyse de la semaine du 19 septembre 2022

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Nos experts analysent pour vous les tendances évolutives sur le marché de l’énergie (gaz, électricité, pétrole, charbon et émissions) pour la semaine du 19 septembre 2022. Découvrez dans cet article leurs perspectives pour les semaines à venir.

 

Marché de l’électricité

Une volatilité toujours présente mais dans de moindres mesures

Cette semaine, la courbe de long terme sur les marchés de gros de l’électricité en France s’est retournée à la baisse. En effet, les prix du contrat CAL 23 Baseload ont diminué de -22,31 €/MWh en clôturant à 558,71 €/MWh ce vendredi 23 septembre, soit une baisse significative de -3,84 % en une semaine. Les marchés du gaz et de l’électricité semblent être décorrélés depuis plusieurs semaines. Malgré une légère correction des prix, les cours semblent se stabiliser avec des volatilités atténuées. Les prix restent tout de même à des niveaux élevés comme l’illustre le graphique ci-dessous en enregistrant une hausse de +338,96 % sur l’année 2022.

Une sécurité d’approvisionnement énergétique grandissante grâce au renouvelable

Alors qu’Emmanuel Macron inaugurait ce jeudi 22 septembre le premier éolien off-shore français, le gouvernement semble vouloir mettre les bouchés doubles sur le déploiement des énergies renouvelables (EnR). La France accuse un retard sur ses objectifs de développement des EnR et souhaite décupler ses efforts afin de le rattraper. En ce sens, le conseil des ministres doit examiner en début de semaine prochaine un projet de loi permettant de diviser par deux les délais d’instructions et les procédures administratives des projets éoliens et photovoltaïques. Le gouvernement ordonne alors aux préfets d’accélérer le développement du renouvelable afin de contribuer à la lutte contre la flambée des prix. Malgré le caractère intermittent de l’éolien et du photovoltaïque, cette volonté du gouvernement devrait permettre de débloquer plus de 7 GW de capacités renouvelables en attente de connexion au réseau. Toute nouvelle capacité renouvelable connectée allégera le recours aux centrales thermiques pour la production d’électricité.

L’ambitieux programme de redémarrage des réacteurs nucléaires : une trajectoire déviée ?

Lors du Conseil de Défense sur l’énergie qui s’est tenu le 2 septembre dernier, l’Etat a annoncé que la totalité du parc nucléaire reprendrait sa production à l’horizon de février 2023. Du point de vue de la tension sur le marché de l’électricité c’est une bonne nouvelle qui se traduit par un facteur haussier des capacités de production. En effet, représentant près de 70 % du mix-électrique français, la reprise du nucléaire correspond à une baisse du recours aux centrales dites « de pointes » ainsi qu’à une baisse du prix. EDF semble avoir endossé la lourde responsabilité de ce redémarrage avec un calendrier fixé. Cependant, les craintes d’un retard sur la tenue de ce calendrier semblent d’ores-et-déjà se confirmer. En effet, le report d’un mois du redémarrage du réacteur Bugey 4, annoncé par EDF le jeudi 22 septembre, laisse penser à des objectifs de redémarrage trop ambitieux en termes de délais.

De la même façon que la semaine précédente, le marché de l’électricité semble se réconcilier avec la stabilité malgré des prix toujours élevés. Le sentiment baissier amorcé depuis fin août semble se confirmer progressivement. A court terme, l’atteinte des objectifs de stockage de gaz permet de calmer les craintes d’un hiver douloureux et par conséquent la tension sur le marché de l’électricité. Les annonces faites en termes de déploiement des EnR ainsi que sur le redémarrage des réacteurs nucléaires permettent de baisser la pression sur l’offre.

 

Outre la destruction de la demande au travers des actions de sobriété énergétique émanant dans tous les secteurs économiques, tous les regards sont rivés sur la délibération de la Commission européenne du 30 septembre prochain. La trajectoire à venir dépendra des mesures adoptées lors de ce rassemblement exceptionnel.

Tristan BAUDU, Analyste Pricing

prix électricité septembre 2022

 

Marché du gaz

Un prix du gaz qui continue sur sa bonne lancée

En dépit d’une légère hausse du prix du gaz, cette semaine reste tout de même encourageante. Depuis bientôt un mois et à la suite de hausses successives, le prix du gaz, en comparaison de celui de l’électricité, parvient à se stabiliser. Les prix restent tout de même élevés par rapport à ce que nous avions pu connaître en « temps normal », avant la crise. Les contrats pour une livraison en 2023 (France PEG CAL 2023), ont clôturé à 171,82 €/MWh ce vendredi 23 septembre, soit une hausse de +3,37€/MWh sur la semaine.

Des signaux positifs pour les fondamentaux de l’offre et la demande

Malgré la baisse des températures et l’approche de l’hiver, le prix du gaz ne s’est pas enflammé. D’un jour à l’autre, il reste néanmoins volatil (à court, comme à long terme), résultant principalement du conflit russo-ukrainien. Cependant, si nous souhaitons voir le verre à moitié plein, le prix commence à se stabiliser depuis près d’un mois. La principale raison réside dans l’équilibre « offre/demande ».

Concernant l’offre, les flux de GNL restent toujours aussi importants. Le gaz naturel liquéfié provient de plusieurs pays tels que les Etats-Unis, la Norvège, le Qatar, l’Algérie ou encore le Nigéria. Il est davantage utilisé, car à la différence du gaz naturel, celui-ci peut être stocké dans des cuves et transporté par voie maritime, ce qui est très utile. A cela s’ajoute un retour progressif de la production par pipeline norvégienne.

Au niveau de la demande de gaz, nous assistons à une destruction progressive de celle-ci. Trois facteurs en sont la cause : Tout d’abord la production d’électricité en Europe. Les centrales à gaz sont souvent sollicitées pour palier une production nucléaire et renouvelable moindre. Cette semaine, les éoliennes ont pu tourner à plein régime profitant d’un vent important. A cela s’ajoute une reprise progressive du nucléaire, même si plusieurs réacteurs sont toujours à l’arrêt. Ces éléments favorisent donc un délaissement des centrales à gaz, souvent utilisées ces derniers temps.

Second facteur, l’Europe a rempli à près de 87,41 % de ses réserves stratégiques, ce qui permet aux différentes nations européennes d’éviter de se précipiter sur le marché du gaz.

Enfin, les particuliers et les entreprises, en utilisant plus efficacement cette énergie, permettent d’atténuer la demande.

Pour les mois à venir, les prix devraient continuer à baisser du fait de prévisions météorologiques assez rassurantes. À cela s’ajoute l’offre de GNL, toujours aussi importante, ce qui permet de soutenir l’offre.

Sur le long terme, les perspectives sont aussi bonnes. De nouveaux champs gaziers sont découverts, notamment au large de la Côte d’Ivoire. « Le projet Baleine » pourrait contenir entre 1,8 et 2,4 billions de pieds cubes de gaz, ce qui permettrait de diversifier l’offre mondiale. Il reste à développer de nouveaux terminaux pour recevoir plus encore de GNL.

Yanice MEGUENNI, Analyste Pricing

prix gaz septembre 2022

 

Marché du pétrole

Le prix du brut flanche dans un contexte inflationniste et de prévision de récession mondiale 

Cette semaine, l’or noir s’oriente clairement à la baisse dans le sillage de la semaine précédente. Le vendredi 23 septembre, le brut de la Mer du nord (BRENT, pour une livraison en octobre) clôturait à 86,15 $/t, soit -5,20 $/t de moins sur le vendredi précédent. L’inflation mondiale sur les matières premières et le retour du dollar au premier plan jouent vraisemblablement un rôle crucial dans cette chute. Les prévisions de l’OCDE sur la croissance mondiale à venir est également pessimiste. Selon l’Organisation, le Royaume-Uni, par exemple, serait même déjà en récession. Pour faire face à l’inflation, les banques centrales du monde réhaussent sans retenue leurs taux d’intérêt directeurs. La Réserve fédérale américaine (Fed) a réhaussé ses taux de 0,75 point ce mercredi 21 septembre. C’est déjà la troisième fois cette année, la Fed, et les autres, tente de juguler l’inflation galopante.

En parallèle, le dollar ne cesse de prendre de l’avance sur les autres monnaies. L’économie américaine se portant mieux que prévu, les exportations de brut américain continuent d’inonder le marché mondial, et surtout européen. Le pétrole devient plus cher à l’achat pour les pays non libellés en dollar, ce qui représente sans doute un facteur baissier de la demande. Bien que les principaux pays producteurs de l’OPEP+ n’anticipaient pas une baisse significative de la demande, sans doute dans un désir de stabiliser les prix, la tendance semble être à contre-courant de leurs prévisions. En Asie, la Chine peine à relancer pleinement son économie, fortement ralentie par sa lutte contre la crise sanitaire. Ailleurs, les accords pour le nucléaire iranien n’ont toujours pas été signés, ce qui ne devrait toujours pas augmenter l’offre. Les perspectives semblent donc être plutôt à la baisse en cette fin septembre, même si la nuance reste de mise.

L’Europe se tourne vers de nouveaux acteurs

Si la guerre russo-ukrainienne a fait et fait toujours peser des risques élevés sur l’approvisionnement énergétique européen, l’Europe a largement initié son processus de diversification. Entrant en vigueur ce mois de  décembre, l’interdiction des importations de pétrole russe en UE bénéficie fortement à d’autres pays, les Etats-Unis et la Norvège en tête. Les importations russes ont déjà chuté à près d’1,7 million de barils/jour en août contre 2,6 millions de bpj en janvier dernier. Toutefois, l’UE reste encore le premier marché pour le brut russe, devant la Chine ou encore l’Inde. Selon l’IEA, les Etats-Unis, le Kazakhstan et la Norvège devrait remplacer une grande part du niveau d’importations restant. Il faudra sans doute également se tourner vers le Moyen-Orient ou encore l’Amérique latine, pour sécuriser sereinement l’approvisionnement.

Selon Loïc ARILAZA, Analyste Pricing – Team Leader, les prévisions de récession mondiale tendent clairement les prix à la baisse. Même si la guerre en Ukraine persiste, la demande reste pour l’heure en dessous de l’offre. Les mois à venir nous donneront plus de visibilité sur la situation énergétique mondiale, et la croissance de manière générale.

prix pétrole septembre 2022

 

Marchés du charbon et des émissions

Un prix du charbon en baisse à long terme comme à court terme

Du côté du charbon, la semaine a été baissière, l’API2 Rotterdam Cal 2023 (pour une livraison en 2023) clôturait la semaine à 280,05 $/t, soit -12,58 $/t de moins que le vendredi précédent. Alors que l’hiver approche, et que plusieurs centrales à charbon rallumeront leurs fourneaux, l’annonce d’un potentiel plafonnement du prix des énergies en Europe semble calmer une bonne partie du marché. La demande en charbon, notamment pour la production d’électricité devrait rester élevée ces prochains mois. Malgré tout, le charbon connaît une tendance baissière qui fait du bien à un marché clairement en hausse depuis la mi-août.

En France, la promesse du redémarrage de plusieurs centrales nucléaires n’a pas donné tous ses résultats, notamment sur le site de Bugey où un retard a déjà été annoncé. Le plan est donc toujours de faire appel aux centrales à gaz, et au charbon pour soutenir le nucléaire en redémarrage et les renouvelables intermittents. La fête pourrait donc être de courte durée, sauf si la future réunion des dirigeants européens aboutit effectivement à un plafonnement général des prix.

prix charbon septembre 2022

Le prix des quotas plonge à nouveau, dans un contexte général pessimiste

Le marché européen des quotas d’émission repart à la baisse, sous la barre de 70 €/t. Le vendredi 23 septembre, le produit de référence EUA DEC.22 clôturait à 65,77 €/t, soit -7,50 €/t de moins que le vendredi précédent. Toute la semaine, le prix des quotas n’a cessé de s’orienter à la baisse, comme le prix du gaz naturel pour une livraison en octobre (PEG MA). Le charbon également, nous l’évoquions plus haut, s’oriente à la baisse.

Le CO2 ne trouve toujours pas son point d’équilibre, alors que des changements d’ordre réglementaire devraient arriver. Par ailleurs, l’atmosphère pessimiste ambiante sur les conséquences de la crise énergétique pour l’industrie semble soutenir les prix à la baisse. La situation demeurant incertaine, le prix de la tonne de CO2 devrait observer une certaine volatilité ces semaines et mois à venir. Affaire à suivre.

prix co2 septembre 2022

 

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