21 décembre 2022

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Temps de lecture : 11 minutes

Énergie : analyse de l’actualité (électricité, gaz, pétrole, charbon…)

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Comme chaque semaine, découvrez l’analyse de nos experts sur l’évolution des prix sur le marché de l’énergie (électricité, gaz, pétrole, charbon…) pour la semaine du 12 décembre 2022.

Marché de l’électricité

Une chute des prix inattendue : le cadeau de la fin d’année

Cette semaine, contre toute attente, la courbe de long terme sur les marchés de gros de l’électricité en France s’est effondrée. En effet, alors que le contexte politico-social semble être concentré sur les éventuelles coupures sur le réseau cet hiver, les prix du contrat CAL23 Baseload ont diminué de -96,00 € en une semaine. Autrement dit, on observe une baisse significative de -22,12 % avec un prix de clôture de 338 €/MWh ce vendredi 16 décembre. Comme l’illustre le graphique de long terme ci-dessous, c’est le prix le plus faible enregistré depuis ces 6 derniers mois (équivalent aux niveaux de prix du marché de gros de fin juin 2022).

Etat des lieux du nucléaire à l’aube de 2023

La capacité nucléaire française est de nouveau en hausse cette semaine avec une augmentation de 1,6 GW pour atteindre 42,4 GW ce vendredi 16 décembre. Malgré un écart qui tend à se réduire, la disponibilité nucléaire reste inférieure de 1 GW aux prévisions d’EDF. Après le redémarrage de 4 réacteurs la semaine précédente (pour près de 4,4 GW au total), l’énergéticien a annoncé devoir prolonger l’arrêt de 2 réacteurs : Flamanville 1 (1 330 MW) et Penly 1 (1 330 MW). Actuellement, on compte encore 15 réacteurs sur 56 à l’arrêt, soit près de 30% du parc nucléaire. La situation est toujours préoccupante et toute l’attention est portée sur la capacité à répondre à la demande dans un contexte de possibles déséquilibres sur le réseau.

L’électricien public prévoit de redémarrer 3 réacteurs (pour environ 3,1 GW) d’ici la fin de la semaine.  Cependant, à plus long terme, malgré les objectifs fixés, la situation inquiète : 6 nouveaux réacteurs de 1 300 MW devront être arrêtés en 2023 pour des réparations liées à des problèmes de corrosion sous contrainte. De plus, alors que le gouvernement considère le nucléaire comme la colonne vertébrale du squelette énergétique français pour les prochaines années, le démarrage du réacteur EPR de Flamanville est de nouveau reporté, cette fois-ci pour début 2024 (soit 12 ans de retard au total).

Les EnR ont le vent en poupe

Parallèlement à la vision énergétique portée sur le nucléaire, l’Etat français compte sur une accélération du déploiement des EnR pour sa transition énergétique. Comme l’indiquait récemment l’AIE, cet engouement semble être mondial puisque le solaire et l’éolien devraient devenir la première source d’électricité dans le monde à horizon 2025. Le Parlement européen s’est prononcé ce mercredi 14 décembre en faveur d’un raccourcissement des délais des procédures administratives afin d’accélérer les délivrances de permis. En France, en plus de l’obligation d’installer des panneaux solaires sur les parkings extérieurs de plus de 1 500 m², l’Assemblée a adopté des mesures pour faciliter le lancement de nouveaux projets d’éolien off-shore. À moyen-long terme, le développement des EnR apparaît comme un facteur baissier du prix de l’électricité.

La baisse de la consommation frôle les -10 %

La consommation d’électricité en France continue de baisser en raison des nombreux efforts de sobriété énergétique. Après avoir retraité les données des effets calendaires et météorologiques, RTE a communiqué sur un recul de -9,7 % de la consommation la semaine dernière par rapport à la moyenne des années 2024 à 2019, Cela est encourageant à court terme au regard des craintes portées sur la stabilité du réseau, mais également à long terme quant à notre capacité à être moins énergivores. RTE a même indiqué que nous avions surmonté avec succès le premier pic de l’hiver avec une consommation de 82 GW ce lundi 12 décembre à 19h.

Les prix de gros de l’électricité ont étonnamment et drastiquement chutés cette semaine. Les efforts de sobriété énergétique ainsi qu’une disponibilité nucléaire qui s’améliore ont eu un impact plus que significatif sur les marchés de gros. Les risques de coupures d’électricité semblent donc se réduire pour cet hiver grâce au redémarrage des réacteurs.

Le spread – écart de prix – entre le CAL23 et le CAL25 a baissé de -74,04 €/MWh cette semaine en passant de 236,87 €/MWh à 162,83 €/MWh. La stratégie de long terme reste donc toujours la meilleure option pour une contractualisation de fourniture d’électricité.

Tristan Baudu, Analyste Pricing

La CRE a lancé un groupe académique international pour réfléchir et proposer des réformes du fonctionnement du marché de l’électricité. Sommes-nous à l’aube d’une révision du mécanisme de formation du prix de l’électricité ? Affaire à suivre…

Tristan Baudu, Analyste Pricing
Prix calendaires électricité 2022 2023 2024 cf Capitole Energie
Graphique représentant l’évolution des prix calendaires de l’électricité sur l’année 2022

Marché du gaz

Un marché du gaz qui repart à la baisse

Les nouvelles, côté gaz naturel cette semaine, sont plutôt bonnes. Cela faisait plus d’un mois que le prix de celui-ci n’était pas reparti à la baisse. En effet, les contrats pour une livraison en 2023 (France PEG CAL 2023) ont clôturé à 109,575 €/MWh ce vendredi 16 décembre, soit une baisse de – 22,94 €/MWh sur la semaine.

Repasserons-nous sous la barre des 100€/MWh ?

Depuis maintenant 2 semaines, malgré une demande qui augmente progressivement, le prix du gaz, comme celui de l’électricité, est en chute libre. En effet, en France par exemple, le niveau de remplissage des stocks est toujours aussi confortable. Celui-ci s’élève à 85,8% et permet donc de répondre aux besoins énergétiques français. À cela s’ajoute l’offre norvégienne, qui est toujours aussi conséquente actuellement, et qui permet de compenser les pertes russes. Concernant les températures, malgré l’installation progressive de l’hiver, les températures restent cependant en dessous des normes de saison, ce qui permet de canaliser la demande.

Le plafonnement du prix du gaz à 180€/MWh

Ce 19 décembre, les Ministres de l’Energie des vingt-sept ont réussi à trouver un accord concernant ce mécanisme. Initialement proposé à 275€/MWh, le plafond a finalement été revu à la baisse pour atteindre 180€/MWh. Celui-ci a donc été abaissé dans le but de se rapprocher un maximum de la réalité actuelle du marché de l’énergie. En effet, aujourd’hui, les différents produits gaziers avoisinent les 100€/MWh. Ce premier point permet dans un premier temps de rassurer les fournisseurs d’énergie et les consommateurs finaux. Cette mesure pourrait permettre de sécuriser leur budget, et donc de réduire considérablement les mouvements de panique sur les marchés.  Dans un second temps, les négociations au sujet de ce dispositif ont mis du temps à aboutir. Cela s’explique car les conditions proposées dernièrement n’avantageaient pas forcément les producteurs de gaz. Ce mécanisme a donc pu être amélioré en ce sens.

Quels critères définissent ce mécanisme ?

À compter du 15 février, les transactions sur le marché de gros TTF (référence du marché gazier) seront interdites pendant plusieurs jours selon plusieurs conditions. Tout d’abord, le prix du FRONT MONTH (prix du gaz au mois) ainsi que celui d’autres produits à terme, devront être supérieurs à 180€/MWh durant 3 jours ouvrables. Ensuite, un second point a été corrigé.

Nous nous sommes rendus compte que les différents produits gaziers ne représentent pas avec exactitude la réalité des marchés. Les flux de GNL, par exemple, qui sont actuellement non négligeables, ne sont pas pris en compte dans les fixations des prix. Nous comprenons donc que cet élément sous-estime l’offre de gaz, qui à son tour a donc un effet haussier sur les prix. Pour corriger ce biais, le plafond ne serait activé que si l’écart entre le TTF et le prix mondial du gaz naturel liquéfié dépasse les 35€/MWh. Ce détail permettrait donc de rassurer les producteurs, qui ne seraient pas incités à exporter hors UE avec un prix plus attractif.

À court terme, les nouvelles sont toujours aussi rassurantes. Le prix du gaz continue à baisser malgré des températures hivernales.

À plus long terme, le plafonnement du prix du gaz à 180€/MWh pourrait permettre de stabiliser le marché en rassurant à la fois les fournisseurs et les producteurs.

Yanice Meguenni, Analyste Pricing
prix calendaire gaz 2022 2023 2024 cf Capitole Energie
Graphique représentant l’évolution des prix calendaires du gaz sur l’année 2022

Marché du pétrole

Le BRENT remonte globalement, mais en baisse fin de semaine

Cette semaine, le prix de l’or noir (BRENT de la Mer du Nord, pour une livraison en janvier 2023) repart globalement à la hausse pour atteindre 79,04 $/baril le vendredi 16 décembre, soit + 2,94 $/baril en une semaine (+ 3,86 %). Malgré un manque de demande toujours important, les cours sont remontés en début de semaine avec l’annonce de l’arrêt de l’oléoduc Keystone acheminant près de 600 000 barils/jour du Canada vers les Etats-Unis. Les nouvelles restent cependant peu optimistes concernant le niveau futur de la demande. La Chine avance toujours au ralenti, même si les restrictions sanitaires s’assouplissent, et l’inflation est importante dans de nombreux pays du monde, dont les économies dites avancées.

Aux Etats-Unis, la présidence Biden a lancé des appels d’offre pour reconstituer ses réserves stratégiques commerciales, au plus bas depuis les années 1980. Cette demande supplémentaire devrait apporter un soutien au marché. Côté offre, peu de nouvelles significatives. Néanmoins, la tendance haussière du début de semaine pourrait ne pas durer comme le laisse présager la fin de semaine dernière. On vous en parle.

Fuites détectées sur l’oléoduc Keystone en début de semaine : tendance haussière

En début de semaine sortait la nouvelle de fuites détectées sur le pipeline Keystone reliant le Canada aux Etats-Unis. Avec les pressions exercées sur l’offre par l’embargo européen sur le pétrole russe transporté par voie maritime et le plafonnement du prix d’achat, l’annonce a immédiatement orienté les cours à la hausse. Ce pipeline transporte en général près de 600 000 barils/jour, un volume important donc et loin d’être négligeable. Même si le problème a été résolu en fin de semaine, les deux références mondiales (Brent pour l’Europe et WTI pour les Etats-Unis) ont observé des gains importants jusqu’au mercredi 14 décembre.

Ailleurs dans le monde, en Chine, les autorités sanitaires annonçaient le même jour un assouplissement général des restrictions sanitaires liées à la politique du zéro Covid. En effet, des manifestations de colère ont émergé dans plusieurs régions du pays, dans l’espoir de relancer la seconde économie mondiale, et avec elle la demande de brut. La Chine étant le second pays importateur mondial, le potentiel de relance chinois a un poids significatif sur les cours mondiaux. Néanmoins, la transition ne sera pas de tout repos. Dès le week-end dernier, le nombre de décès liés au virus a augmenté. Il semblerait donc qu’avant de revoir le jour, l’économie chinoise connaîtra des jours et semaines compliqués, pour reprendre de plus belle par la suite. Le marché a néanmoins déjà intégré cette probabilité, et les cours s’en font ressentir.

Les Etats-Unis souhaitent reconstituer leurs réserves commerciales stratégiques

Le prix du baril a fortement fluctué depuis le 1er janvier, tutoyant même des records historiques au mois de mars dernier. Pour contrer cette hausse importante des cours au plein cœur de la guerre russo-ukrainienne, les Etats-Unis ont plus que jamais inondé le marché en puisant allégrement dans leurs réserves stratégiques.

On estime que le niveau des réserves américaines est à leur niveau le plus bas depuis 1984. Tout de même, la publication du niveau des stocks en ce début décembre a surpris de nombreux analystes. En effet, si l’on pouvait s’attendre à une révision à la baisse des quantités disponibles, il s’avère en fait que les réserves commerciales aient bondi selon les chiffres publiés mercredi par l’Agence d’information sur l’énergie (EIA). Durant la semaine achevée le 9 décembre, ces stocks commerciaux ont grimpé de 10,2 millions de barils, quand les analystes anticipaient une baisse de 3,5 millions.

Pour continuer de réapprovisionner ses stocks, la Maison blanche lance donc un appel d’offres avec un prix d’achat plafond de 96 dollars le baril. Depuis début septembre 2021, le gouvernement a prélevé près de 216 millions de barils dans ces réserves. Cette campagne de rachat prévoit l’acquisition d’environ 3 millions de barils de brut, selon le département de l’énergie américain. Ce regain de demande soudain pourrait donc orienter les cours à la hausse, même si le contexte économique mondial reste maussade.

Côté offre, peu de nouvelles de la Russie depuis le plafonnement du prix

Depuis la décision des pays du G7, de l’UE et de l’Australie de plafonner le prix du pétrole russe, le marché semble pour l’heure peu impacté par la mesure. Si le Président Poutine a toujours rejeté une telle mesure et menacé de couper tout simplement l’approvisionnement vers ces pays, il n’en est rien pour l’heure. Les approvisionnements continuent, la Russie ayant sans doute encore plus besoin des revenus générés par la vente de ses hydrocarbures pour financer sa guerre coûteuse en Ukraine.

En Norvège, le plus gros champ pétrolier actif d’Europe va sensiblement accroître sa production au point de couvrir l’équivalent de 7% de la demande européenne. Une bonne nouvelle donc du côté de l’offre. Situé dans les eaux norvégiennes de la mer du Nord, ce gisement qui pompait jusqu’à présent 535 000 barils/jour, va produire près de 720 000 barils/jour.

Ainsi, globalement, le marché reste partagé entre faible niveau de demande, même si le potentiel de reprise chinoise est réel, et pressions actuelles sur l’offre. Les cours devraient rester relativement stables cette semaine à venir.

Les prix pourraient donc bien continuer de s’orienter à la baisse, mais dans des proportions de moins en moins grandes à mesure que les prix diminuent. Affaire à suivre.

Loïc Arilaza, Analyste Pricing Team Leader
prix pétrole brent 2022 cf Capitole Energie
Graphique représentant l’évolution du prix du pétrole sur l’année 2022 (Brent)

Marché du charbon

Le charbon continue de chuter une semaine supplémentaire 

Pour le charbon, les courbes de court terme et de long terme s’orientent à la baisse après plusieurs semaines de hausses. En Europe, le vendredi 16 décembre et pour une livraison en 2023 (Rotterdam API 2 Cal 2023), la tonne de charbon se négociait à 206,28 $/t, soit une variation de – 48,22 $/t en une semaine (- 18,95 %). A court terme, le produit pour une livraison en janvier (Rotterdam API 2 January 2022) perdait quant à lui 48,25 $/t en une semaine, pour s’établir à 205,65 $/t toujours le 16 décembre. 

Le prix de la tonne de charbon continue de plonger, à court comme à moyen terme. La demande d’électricité étant en légère baisse, malgré les températures fraîches, la tendance baissière des prix du gaz naturel, et des quotas d’émission de CO2, permet une baisse drastique des prix sur la semaine. Même si le charbon reste une source d’énergie primaire importante en cette période de tensions, l’approvisionnement européen conséquent permet l’achat à un prix plus proche du raisonnable.

En France, la centrale à charbon de Cordemais (3 % de la production annuelle française) chauffe à plein régime, et permet pour l’heure d’assurer un bon complément à la sécurisation de l’approvisionnement électrique.

La demande de charbon mondiale est en hausse

Au niveau mondial, le rapport annuel publié par l’AIE indique une hausse de la consommation de charbon de près de 1,2% par rapport à 2021. Pour l’Europe, cette hausse de la consommation (+6%) est portée notamment par l’Allemagne, très dépendante du gaz russe jusqu’alors. La consommation 2022 marque un tournant, s’établissant au niveau record de 478 Mt.

En Asie, grosse consommatrice également, la situation est similaire. La Chine, toutefois, a augmenté sa production quotidienne, pour répondre à la demande, pour atteindre un niveau record en novembre 2022. Le charbon a donc toujours le vent en poupe malgré son caractère très polluant.

prix charbon 2022 api2 cf Capitole Energie
Graphique représentant l’évolution du prix du charbon sur l’année 2022 (API Rotterdam)

Marché du CO2

Les quotas CO2 repartent légèrement à la baisse cette semaine

Le marché européen d’échange de quotas d’émission corrige à la baisse cette semaine après une semaine précédente plutôt haussière. Le vendredi 16 décembre, le contrat de référence EUA Dec. 22 clôturait la semaine à 83,82 €/t, soit 4,02 €/t de moins que le vendredi précédent (– 4,58 %). Le prix des EUA évolue donc cette semaine encore dans le même sens que celui du gaz naturel et du charbon.

Après les nouvelles annonces concernant l’évolution du système, notamment sur la réduction des quotas disponibles, ou encore la fin à venir de l’allocation gratuite de ceux-ci, les prix des EUA sont repartis à la baisse en cette fin d’année. Cette baisse est vraisemblablement imputable à la baisse de la production des centrales thermiques, la demande d’électricité se réduisant ces derniers jours. Par ailleurs, le prix des EUA ayant atteint la barre des 90 €/t en début de semaine, les prises de profit ont également permis d’orienter les cours à la baisse. Cette tendance baissière ne se retrouve néanmoins pas en ce début de semaine. Le lundi 19 décembre, le prix des quotas bondit pour atteindre 87,33 €/t (soit, +4,02 % sur la session de vendredi). La tendance semble d’ailleurs se poursuivre, sans doute jusqu’en fin de semaine.

De nouvelles décisions à l’échelle européenne

L’autre nouvelle de la semaine est la décision européenne de taxer les émissions de CO2 pour les transports routiers et le chauffage (entreprises, et particuliers). L’actuel système évolue notablement, mais sur cette mesure pas avant 2027. Les quotas gratuits doivent déjà disparaître progressivement d’ici 2034, et le secteur du transport, jusque-là épargné, rentre donc dans le système. Si c’est une bonne nouvelle pour le climat, le prix des quotas sera amené à flamber ces prochaines années, en tout cas si plus d’efforts ne sont pas fournis par les acteurs économiques. À suivre.

prix co2 eua cf Capitole Energie
Graphique représentant l’évolution du prix du CO2 sur l’année 2022 (EUA)

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