13 décembre 2022

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Temps de lecture : 10 minutes

Énergie : analyse de l’actualité (électricité, gaz, pétrole, charbon…)

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Comme chaque semaine, découvrez l’analyse de nos experts sur l’évolution des prix sur le marché de l’énergie (électricité, gaz, pétrole, charbon…) pour la semaine du 5 décembre 2022.

Marché de l’électricité

Les prix de gros de l’électricité toujours très volatils

Cette semaine, la courbe de long terme sur les marchés de gros de l’électricité en France s’est corrigée à la baisse. En effet, les prix du contrat CAL23 Baseload ont diminué de -18,71 € en une semaine. Autrement dit, on observe une baisse significative de -4,13 % avec un prix de clôture de 434 €/MWh, ce vendredi 9 décembre.

Etat des lieux du nucléaire : EDF a redémarré 4 réacteurs

La capacité nucléaire française est en hausse de 3 GW cette semaine en atteignant 39,1 GW ce vendredi 9 décembre. EDF a redémarré 4 réacteurs cette semaine : Cattenom 4 (1 300 MW), Flamanville 2 (1 300 MW), Cruas 2 (915 MW) Dampierre 3 (890 MW). Malgré cette amélioration, la disponibilité des réacteurs reste inférieure de 3,4 GW aux prévisions d’EDF de la semaine précédente.

Actuellement, on compte encore 16 réacteurs sur 56 à l’arrêt, soit près de 32% du parc nucléaire. La situation est toujours préoccupante. Alors que les premières températures négatives apparaissent dans un contexte de risques de délestages cet hiver. L’État exhorte EDF à redémarrer les derniers réacteurs arrêtés le plus vite possible face aux craintes de pénuries. Bien que l’énergéticien ait du retard sur son planning, la situation s’arrange progressivement : 2 réacteurs devraient normalement redémarrer cette semaine. Le système électrique reste néanmoins sous tension. Le prix de la garantie de capacité a augmenté de +33 % par rapport à la dernière enchère d’octobre. Le prix de cette dernière est le reflet du déficit d’offre du système électrique.

Une trajectoire énergétique tournée sur le renouvelable

Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), la crise énergétique que nous connaissons a créé un « élan inédit » pour le développement des énergies renouvelables. En effet, l’institution prévoit un doublement des capacités mondiales sur les 5 prochaines années. De plus, le solaire et l’éolien qui devraient devenir la première source d’électricité dans le monde à horizon 2025. Bonne nouvelle pour le climat !

Selon le directeur de l’AIE, la crise actuelle pourrait être « un tournant historique vers un système énergétique mondial plus propre et plus sûr ». Bonne nouvelle également pour le pouvoir d’achat puisque cette dynamique pousserait les prix de gros de l’électricité à la baisse en réduisant la dépendance aux centrales thermiques. Du côté de l’Europe, la capacité d’électricité renouvelable pourrait bondir de près de 425 GW en 5 ans, soit une hausse d’environ 60%. En France, ce vendredi 9 décembre, l’Assemblée a voté l’obligation d’installer des panneaux solaires sur les parkings extérieurs de plus de 1 500 m².

Fatih Birol, Directeur de l’AIE

Une baisse amplifiée de la consommation d’électricité

Les efforts de sobriété énergétique semblent porter leurs fruits : RTE indique que la baisse de la consommation française d’électricité s’amplifie. En effet, avec une diminution de -8,3% la semaine dernière par rapport à la moyenne des années 2024 à 2019, tous les secteurs d’activités font preuve d’adaptation. Les données communiquées sont indépendantes des températures exceptionnellement douces relevées au cours du mois de novembre. Cela permet ainsi d’alléger la pression sur la stabilité du réseau cet hiver et de s’éloigner des craintes sur l’équilibre entre production et consommation. D’après EDF, ses clients ont même consommé 10% d’électricité de moins qu’en 2021 sur le mois de novembre.

Les prix de gros de l’électricité se sont étonnamment retournés à la baisse cette semaine. Malgré une première chute des températures, les efforts de sobriété énergétique couplés au redémarrage de plusieurs réacteurs permettent de stabiliser le réseau et faire baisser les prix. Pour l’heure, la météo de l’électricité – Ecowatt – ne semble pas être en « alerte » pour la semaine prochaine. Les risques de coupures d’électricité sont toujours présents pour cet hiver, mais la mobilisation générale de tous les secteurs permet d’abaisser les craintes sur l’équilibre entre l’offre et la demande. Le prix de gros devrait se stabiliser au-dessus du support de 400 €/MWh pour cette fin d’année 2022.

Tristan Baudu, Analyste Pricing

Le spread – écart de prix – entre le CAL23 et le CAL25 a baissé de-15,49 €/MWh cette semaine en passant de 251,46 €/MWh à 236,87 €/MWh. La stratégie de long terme reste donc toujours la meilleure option pour une contractualisation de fourniture d’électricité.

Tristan Baudu, Analyste Pricing
Prix calendrier electricite France Capitole Energie
Graphique du prix à terme calendaires électricité baseload

Marché du gaz

Un marché du gaz toujours aussi instable

Cette semaine, le prix du gaz a grimpé en début de semaine pour ensuite bien redescendre en fin de semaine. Les contrats pour une livraison en 2023 (France PEG CAL 2023) ont clôturé à 132,7 €/MWh ce vendredi 9 décembre. Soit en hausse de + 7,17 €/MWh sur la semaine.

Ce jeu du chat et la souris ne rassure pas le marché du gaz

Dernièrement, le président russe a reconnu que la guerre en Ukraine était un long processus. Cela signifie que le conflit n’est pas prêts de s’arrêter. À ce sujet, des bombardements ont eu lieu le mercredi 7 décembre, faisant au moins 6 morts. De plus, Vladimir Poutine a assuré qu’il allait poursuivre ses frappes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Ce vendredi 9 décembre, le président a toutefois nuancé ses propos. Selon ses dires, il pourrait mettre un terme au conflit, si un accord était trouvé avec ses différents interlocuteurs européens.

Cependant, pour répondre à ces agressions, la présidente de la Commission européenne souhaite élargir son panel de sanctions envers la Russie. Nous rentrons donc dans un cercle vicieux où tant qu’aucune nation n’aura fait le premier pas, la situation restera compliquée.
Comme vous pouvez le comprendre, ces nouveaux propos n’améliorent alors pas la situation sur le marché gazier. Suite à ces sanctions, la Russie pourrait bloquer définitivement ses exportations de gaz vers tous les pays européens.

Les européens consomment-ils du gaz russe sans le savoir ?

Comme nous l’avons vu plus haut, les relations russo-européennes se détériorent. Le président Poutine profite de la situation pour restreindre ses exportations de gaz vers l’Europe. Souhaitant ainsi que celle-ci soit contrainte de stopper toutes sanctions économiques. Cependant, cette stratégie n’est pas sans conséquences. Initialement, Gazprom fournissait 40% du marché du gaz de l’Union européenne. Or, le changement de partenaire économique est un long processus. Afin de continuer à exporter les mêmes quantités d’avant-guerre, le président russe a décidé d’adopter une nouvelle stratégie. Pour ce faire, Moscou envisage d’utiliser la Turquie comme plaque tournante pour le gaz russe, afin de « masquer » ses exportations vers l’Europe. Et si cela ne suffisait pas, la Russie vend aussi énormément de gaz à la Chine, qui serait à son tour susceptible de le revendre plus cher aux Européens.

À court terme, le prix du gaz est toujours instable, et devrait donc osciller entre 100 et 150 €/MWh pour les prochains à mois à venir. En effet, les températures chutent progressivement et le conflit russo-européens s’intensifie. Malgré ces éléments, les stocks de gaz européens permettent toujours d’éviter une hausse vertigineuse de cette énergie.

Yanice Meguenni, Analyste Pricing

Un plafonnement des prix du gaz n’a toujours pas été adopté. En effet, ce mécanisme a été critiqué par 12 pays qui souhaitaient l’abaisser sensiblement. À ce sujet, une autre réunion est prévue le 13 décembre. Cependant, certains diplomates doutent qu’un accord puisse être trouvé rapidement, du fait de la complexité de cette mesure. Par ailleurs, ce modèle comporte une faille. Si celui-ci est adopté, il n’est pas dit que les pays exportateurs n’aillent pas vendre leur GNL à d’autres pays que l’UE, où le prix serait plus intéressant pour les vendeurs.

Yanice Meguenni, Analyste Pricing
Graphique du prix à terme calendaires gaz naturel (PEG)

Marché du pétrole

Feu de paille pour l’entrée en vigueur de l’embargo et le plafonnement du prix

Cette semaine, le prix de l’or noir (BRENT de la Mer du Nord, pour une livraison en janvier 2023) repart largement à la baisse tout le long de la semaine pour atteindre 76,10 $/baril le vendredi 09 décembre. Soit – 9,47 $/baril de moins en une semaine (- 11,07 %).

Le faible niveau de demande au niveau mondial prend le pas sur les pressions exercées sur l’offre. Notamment avec la mise en place en début de semaine de l’embargo sur le pétrole russe transporté par voie maritime, et la décision de plafonner le prix d’achat à 60 $/baril. Les perspectives restent par ailleurs mauvaises pour les mois à venir ; la croissance chinoise peinant à reprendre du poil de la bête dans un contexte sanitaire très compliqué et la récession mondiale à venir.

Ainsi, les menaces russes de coupures pures et simples de l’approvisionnement en cas de mise en place du plafond n’ont eu que peu d’effets sur le sentiment général du marché. La mesure, très controversée, ne semble avoir finalement qu’un effet symbolique, le prix du brut de l’Oural se négociant aujourd’hui en dessous du plafond. On vous en parle.

Des prix toujours tirés à la baisse par une demande faible

L’OPEP+ se réunissait à nouveau dimanche dernier pour discuter de la stratégie à adopter pour la fin de l’année et début 2023. Cette fois, la décision de maintenir le précédent cap fixé à une réduction de 2 millions de barils par jour a été prise. Sur fond d’incertitudes concernant le futur de l’approvisionnement russe avec l’embargo européen et le plafonnement des prix de la coalition du G7, le cartel décide finalement d’abaisser encore leurs objectifs de production.

L’enthousiasme pour l’or noir est bien retombé depuis maintenant plusieurs mois. Les prévisions successives concernant l’avenir de la croissance mondiale ne sont pas encourageantes. L’inflation mondiale a bondi tout le long de l’année 2022. À l’heure de faire le bilan, les comptes ne sont pas bons. Les craintes de nouvelles hausses de taux par les banques ont clairement éclipsé les risques pour l’offre, liés aux sanctions prononcées à l’égard de la Russie. Même si la guerre russo-ukrainienne se poursuit, la prime de risque a pratiquement disparu, alors que les préoccupations liées à l’inflation croissent.

À ce stade, les deux références mondiales (BRENT et WTI) sont très proches de leur niveau le plus bas sur toute l’année 2022.

En Chine, peu de nouvelles concrètes concernant l’évolution de la crise sanitaire. L’activité économique est toujours au ralenti. Toutefois, la Chine tient à préparer l’avenir et se rapproche des riches pays du Golfe. D’ailleurs, le vendredi 09 décembre, les dirigeants chinois sont attendus au Moyen-Orient pour définir de nouveaux partenariats commerciaux et énergétiques. Une attitude peu appréciée évidemment par Washington, alors même que leurs relations s’adoucissaient ces dernières semaines. L’expansion de la Chine, premier importateur mondial de brut, se poursuit et rentre dans leur stratégie d’hégémonie mondiale.

La Russie, et le marché, finalement peu inquiétés par le plafonnement

Si l’inquiétude était légitime avant l’entrée en vigueur de l’embargo et le plafonnement du prix du pétrole brut russe, ces mesures se sont finalement avérées peu impactantes. Il est désormais clair que les investisseurs ne s’inquiètent pas le moins du monde d’une éventuelle pénurie d’approvisionnement. La demande demeurant décroissante, et les perspectives sur l’augmentation de l’offre, notamment au Venezuela ou en Lybie réelles, l’équilibre reste en la faveur de la disponibilité.

Les bénéfices record engendrés par les grands énergéticiens mondiaux en cette période de crise permettront d’ailleurs sans doute d’augmenter les capacités d’investissement, notamment pour la prospection et l’exploitation de nouveaux gisements. Néanmoins, si les prix mondiaux continuent de chuter, l’exploitation de gisements non-conventionnels ne se fera pas, la rentabilité de ceux-ci diminuant.

Concernant la Russie, si la menace prononcée pour l’arrêt des livraisons est réelle, les débouchés restent nombreux en Asie. Pour l’heure, l’impact sur la balance commerciale russe ne devrait pas être à la hauteur de ce qui est attendu par la coalition formée des pays du G7, de l’UE, et de l’Australie.

En effet, ces mesures ne peuvent avoir du poids qu’à la condition que l’ensemble des principaux importateurs participent à l’effort. Ce qui est aujourd’hui loin d’être le cas.

Finalement, tant que la demande mondiale ne repart pas, les cours mondiaux du brut continueront d’être tirés à la baisse. Côté offre, peu d’incidence de la part des dernières sanctions.

Les prix pourraient donc bien continuer de s’orienter à la baisse, mais dans des proportions de moins en moins grandes à mesure que les prix diminuent. Affaire à suivre.

Loïc Arilaza, Analyste Pricing Team Leader
Graphique prix du pétrole mois+2 Brent (Royaume-Uni)

Marché du charbon

Le charbon recule après plusieurs semaines de hausses

Pour le charbon, les courbes de court terme et de long terme s’orientent à la baisse après plusieurs semaines de hausse. En Europe, le vendredi 09 décembre et pour une livraison en 2023 (Rotterdam API 2 Cal 2023), la tonne de charbon se négociait à 254,50 $/t, soit une variation de -10,40 $/t en une semaine (- 3,93 %). À court terme, le produit pour une livraison en janvier (Rotterdam API 2 January 2022) perdait quant à lui 17,40 $/t en une semaine, pour s’établir à 253,90 $/t toujours le 09 décembre.

Légère accalmie sur le marché européen du charbon. Si le charbon avait le vent en poupe ces dernières semaines avec l’augmentation du niveau de demande et la chute des températures, le marché commence à se stabiliser.

Alors même que le prix du gaz naturel reprend des couleurs, le charbon quitte la tendance et se désolidarise des prix du gaz. Le recul des prix de long terme pourrait toutefois être de courte durée. Même si, en France du moins, des efforts palpables sont réalisés pour une sobriété énergétique cet hiver, la tension sur le réseau électrique serra forte ces prochaines semaines. Il faudra très certainement continuer de compter sur le charbon pour la production d’électricité, essentiellement durant les périodes de pointes. Cependant, la disponibilité nucléaire en France semble pouvoir s’améliorer de semaine en semaine. Une bonne nouvelle pour le marché, si l’appel aux centrales thermiques marginales est effectivement moindre.

Graphique représentant l’évolution des prix du charbon sur l’année 2022

Marché du CO2

Les cours des quotas d’émission en très légère hausse alors que les compagnies aériennes n’auront plus de quotas gratuits d’ici à 2026

Le marché européen d’échange de quotas d’émission poursuit sur sa lancée. Le vendredi 09 décembre, le contrat de référence EUA Dec. 22 clôturait la semaine à 87,84 €/t, soit 0,17 €/t de plus que le vendredi précédent (+ 0,19 %). Le prix des EUA évolue cette semaine dans le même sens que celui du gaz naturel, même si les proportions ne sont pas respectées.Comme nous l’évoquions la semaine passée, il est raisonnable de penser que le cours des EUA puissent repasser au-dessus de la barre des 90 €/t. C’est bientôt chose faite. Même si la production industrielle est en berne, les producteurs thermiques, de plus en plus sollicités, doivent se conformer au système avant la fin de l’année.

Autre nouvelle, et pas des moindres, les eurodéputés et les États membres de l’UE ont approuvé le texte de loi portant sur la fin des allocations gratuites de quotas pour les compagnies aériennes. Même si, pour l’heure, le dispositif sera uniquement appliqué sur les vols intra-européens, c’est une avancée pour le vaste plan climat de l’UE. Ainsi, les compagnies aériennes, jusque-là ménagées pour maintenir la compétitivité européenne, devront payer leurs émissions. La suppression de ces quotas gratuits sera progressive. Il est prévu que 25 % de ces allocations disparaîtront dès 2024, et 25% de plus en 2025. Elles seront entièrement supprimées en 2026. Cette nouvelle organisation devrait à l’avenir impulser une tendance haussière sur le marché des droits à polluer. Même si d’autres réformes devront arriver d’ici à 2026, l’accent est clairement mis sur la volonté de réduire considérablement les émissions de GES sur le Vieux Continent.

Graphique du prix du CO2 (EUA décembre 2022)

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