13 septembre 2022

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Temps de lecture : 7 minutes

Marché de l’énergie : analyse de la semaine du 5 septembre 2022

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Nos experts analysent pour vous l’évolution des prix du marché de l’énergie (gaz, électricité, pétrole, charbon et émissions) pour la semaine du 5 septembre 2022. Découvrez dans cet article leurs perspectives pour les semaines à venir.

Marché de l’électricité

Une tendance à la baisse qui perdure

Cette semaine, la courbe de long terme sur les marchés de gros de l’électricité en France a poursuivi sa tendance baissière initiée la semaine précédente. En effet, les prix du contrat CAL 23 Baseload ont diminué de -37,67 €/MWh en clôturant à 552,33 €/MWh ce vendredi 9 septembre, soit une baisse significative de -6,38 % en une semaine. Bien que les prix du CAL 23 Baseload aient été divisés par deux en quinze jours, ils restent à des niveaux élevés en raison de la tension sur les marchés. Le graphique ci-dessous illustre l’explosion des prix de l’électricité depuis début 2022 avec une augmentation de +425,05 €/MWh (soit +333,95 %).

La recherche d’un consensus entre les 27 pays de l’Europe

Ce vendredi 9 septembre a eu lieu un rassemblement de la Commission européenne afin de trouver une solution d’urgence face à la flambée des prix et à la volatilité des marchés énergétiques. Différentes propositions ont été émises par les représentants de chaque pays mais pour l’heure, aucune disposition n’a été adoptée. Du côté de la demande, la principale mesure concerne la sobriété énergétique. Le but est de réduire la consommation pour éviter les éventuelles coupures, surtout pendant les heures de pointes. La majorité des pays semble s’accorder sur la mise en place d’une redistribution des « superprofits » de certains acteurs du marché de l’énergie. Aujourd’hui, les prix de gros de l’électricité sont fortement déterminés par les prix du gaz en raison du recours massif aux centrales à gaz pour répondre à la demande. Ainsi, sous réserve de trouver un accord commun, l’UE pourrait instaurer un plafonnement du prix du gaz mais aussi celui de l’électricité (le seuil de 200 €/MWh revient souvent dans les débats). Enfin, il est possible que la structuration du prix de gros de l’électricité soit modifiée. L’idée est de passer d’une logique de prix déterminés par le coût marginal de production à des prix déterminés par le coût moyen.

Malgré une reprise des prix du gaz, le cours de l’électricité diminue

Les inquiétudes portées sur l’approvisionnement en gaz maintiennent la pression sur les marchés. En revanche, les mesures du Conseil de Défense en France et les propositions faites à la Commission européenne semblent rassurer le marché de l’électricité, qui est en baisse. EDF devrait redémarrer les réacteurs nucléaires à l’arrêt pour cet hiver pour retrouver une capacité de production de croisière. La production éolienne a dépassé par moment les 20% de la production totale en France, soulageant les tensions sur le marché et la dépendance au gaz. Enfin, les actions de sobriété énergétique couplées à des températures plus douces ont apaisé la demande d’électricité.

Malgré des prix encore très élevés, il semble y avoir une décorrélation entre les cours du gaz et de l’électricité cette semaine. Synonyme d’une baisse de la tension sur le marché, les annonces à l’issue du Conseil de Défense et de la Commission européenne sont rassurantes pour les acteurs. Avec une disponibilité nucléaire qui devrait croître dans les prochains mois, de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz et un niveau de remplissage des stocks élevé, l’hiver devrait être moins rude que prévu. L’évolution des prix dépendra des décisions européennes, entre plafonnement et restructuration du système, nous aurons davantage de visibilité dans les prochains jours.

Tristan BAUDU, Analyste Pricing
graphique  évolution prix électricité 2022

Marché du gaz

Un retour à une stabilisation du prix du gaz naturel ?

Cette semaine, les marchés du gaz naturel se sont stabilisés depuis la semaine précédente, fortement baissière. Une bonne nouvelle qui pourrait permettre de rassurer les acteurs de l’énergie après plusieurs semaines d’agitation. Cependant, d’un jour à l’autre, la volatilité des prix de long terme est restée importante. Les prix subissent une hausse significative en début de semaine, pour au final retrouver les niveaux constatés vendredi dernier. Globalement, les contrats pour une livraison en 2023 (France PEG CAL 2023), clôturent à 179,962 €/MWh vendredi 9 septembre, soit une augmentation de +7,612 €/MWh en une semaine.

Le prix du gaz qui repart sur les chapeaux de roues

Les prix du gaz naturel repartent à la hausse après une semaine rassurante. De lundi à jeudi, ils subissent une hausse de 20€/MWh environ. Les facteurs haussiers restent similaires aux semaines précédentes. Combiné à une forte demande de GNL, le manque évident de navires-citernes servant à le transporter fait baisser les proportions. Concernant le pipeline Nord Stream 1, ce-dernier n’a toujours pas rouvert. Gazprom justifie le prolongement de cet arrêt du fait que des « fuites d’huile » aient été découvertes au sein d’une turbine. Il semblerait toutefois, selon nombre d’observateurs, que ce « problème » ne justifie pas à lui seul l’arrêt complet des livraisons.

Plafonnement du prix du gaz, un mal pour un bien ?

Pour nuancer ce début de semaine, la réunion du 9 septembre représente sûrement un facteur baissier de l’ordre de 10,34€/MWh vendredi 9 septembre. Cependant, le Président Poutine a menacé l’Europe de stopper tout approvisionnement si un système de plafonnement des prix du gaz (et du pétrole) était mis en œuvre. Si cette décision est appliquée, elle réduirait considérablement l’offre, et aurait donc des conséquences inéluctables sur le prix du gaz. Aucune décision officielle n’a été prononcée à ce jour, car il faudrait que ce nouveau système concorde avec l’ensemble des mix-énergétiques européens. Un nouveau point sera fait le mardi 13 septembre pour valider ou non l’ensemble des mesures proposées dernièrement.

À court terme, les perspectives sont rassurantes même si le prix se maintiennent à des niveaux élevés. Concernant le transport de GNL, plus de navires devraient être mis à disposition cet hiver afin d’approvisionner l’UE dans de meilleures conditions. De plus, les exportations de gaz de l’Azerbaïdjan vers l’Europe sont toujours aussi importantes, facteur d’accélération de l’indépendance de l’Europe envers la Russie. Notons que les décisions prises lors de la réunion du 13 septembre auront sûrement une incidence sur la stabilité du marché du gaz.

Yanice MEGUENNI, Analyste Pricing
graphique évolution prix gaz 2022

Marché du pétrole

Une volatilité persistante sur la semaine et un potentiel recul de la demande

Cette semaine, l’or noir fluctue sur les marchés mondiaux . Le prix du brut (Brent mois+1) pour une livraison en octobre finissait la semaine à 92,84 $/bbl (-0,18 $/bbl) vendredi 9 septembre. L’annonce de l’OPEP+ concernant un recul de l’offre disponible sur le marché a porté ses fruits surtout en début de semaine. Toutefois, le recul du dollar a relancé l’intérêt des acteurs financiers et a fait baisser le cours du baril depuis mercredi 7 septembre. Ce dernier passe sous la barre des 90 $/bbl, niveau le plus bas depuis le début de la guerre en Ukraine.

Pour les principaux pays exportateurs, l’ouverture des vannes reste largement contrôlée pour maintenir la stabilité des cours. Sous la houlette du président de l’Organisation, la stratégie de baisse de la production devrait continuer à maintenir le marché sous pression. Il semblerait que les prévisions de croissance mondiale reculent du côté de la demande. Cette dernière devrait être ralentie d’ici la fin de l’année (crise énergétique européenne, forte inflation mondiale et donc hausse des taux d’intérêt pour y remédier, crise sanitaire en Asie).

Aux États-Unis, les réserves stratégiques sont à leur niveau le plus bas depuis 38 ans. L’augmentation massive de l’offre américaine depuis le printemps dernier touche à sa fin en octobre. Les stocks stratégiques américains ont fondu de plus de 178 millions de barils en un an. Le marché sera ainsi privé de quantités importantes, ce qui exercera une pression supplémentaire sur l’offre. Si la demande mondiale se maintient au niveau actuel, les cours mondiaux pourraient retrouver leur tendance haussière. Ce constat est appuyé par le fait que le pétrole iranien n’inonde toujours pas le marché, les négociations avec les États-Unis n’étant toujours pas achevées.

Graphique évolution prix pétrole 2022

Marchés du charbon et des émissions

Une offre toujours incertaine conjuguée à une forte demande

Concernant le charbon, l’API 2 Rotterdam Cal 2023 (livraison en 2023) clôturait la semaine à 300,81 $/t (-6,19 %). Ce léger recul pourrait cependant ne pas durer. Les menaces russes quant à l’arrêt des exportations pèsent sur les pays importateurs.

Au contraire, la forte tendance baissière constatée sur le marché des quotas d’émissions joue en la faveur de la production d’électricité à partir de sources primaires polluantes, dont le charbon. La demande ne devrait pas faiblir ces prochains mois ce qui accentue les risques d’approvisionnement. Même s’il reste une bonne alternative au gaz naturel, les pays exportateurs de charbon (Australie, Indonésie) connaissent des problèmes pour soutenir la demande. Les prix de long terme pourraient donc rapidement changer de direction.

Graphique évolution prix charbon 2022

Les quotas d’émissions continuent de s’orienter à la baisse, mais pour combien de temps ?

Le marché européen des émissions poursuit sa tendance baissière. Les contrats de référence (EUA Déc.22) finissent la semaine à 66,08 €/t vendredi 9 septembre, soit -11,81 €/t en une semaine. Malgré le regain des prix sur les marchés à terme du gaz naturel, la baisse des prix de long terme du charbon a pu contribuer à maintenir la tendance. Par ailleurs, on constate une réelle destruction de la demande de quotas, notamment des entreprises énergivores. La crise voit le coût des matières premières flamber, incitant les agents à baisser leur consommation. À l’approche de l’hiver, le prix des quotas pourrait rapidement remonter. En effet, les centrales à charbon et au gaz naturel pour la production d’électricité tourneront à plein régime si l’hiver est rigoureux.

Selon Loïc ARILAZA, Analyste Pricing Team Leader, la tendance pourrait donc se poursuivre, en tout cas à court terme. Les futures évolutions réglementaires devront nous éclairer davantage sur l’avenir du prix des quotas d’émissions.

Graphique évolution prix CO2 2022

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