3 mai 2022

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Temps de lecture : 6 minutes

Marché de l’énergie : analyse de la semaine du 25 avril

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Cette semaine encore, nos experts analysent pour vous les évolutions du marché de l’énergie. Découvrez leur analyse et leurs perspectives de progression sur les semaines à venir.

Marché de l’électricité

Le marché se stabilise à long terme et diminue à court terme

Cette semaine, le marché de gros français reste relativement stable si l’on considère un horizon lointain (contrats calendaires 2023/2024/2025) et à la baisse à court terme. En effet, le prix pour une livraison le lendemain (FR Base day-ahead) atteint 218,21 €/MWh le vendredi 29 avril, soit 26,19 €/MWh de moins en une semaine.

Cette situation de stabilité survient alors même que Gazprom annonçait la semaine dernière suspendre la livraison de gaz russe vers la Pologne et la Bulgarie, car ces pays ne payent pas le gaz livré en roubles comme l’avait demandé le géant russe il y a quelques semaines de cela. Quoi qu’il en soit, la baisse de la demande d’électricité, comme la réponse de l’UE européenne face à ce chantage russe, a certainement permis de limiter la casse et donc les hausses trop importantes sur les prix de marché du gaz naturel d’abord, puis de l’électricité.

Près de 52% de la capacité du parc nucléaire français est à l’arrêt

D’un point de vue général, la situation du nucléaire français reste la préoccupation majeure pour la production d’électricité en France. Les prévisions de production d’EDF sont historiquement basses pour cette année, et la situation ne semble pas devoir s’améliorer rapidement du fait de défauts de conception détectés sur plusieurs types de réacteurs. La volatilité des prix reste élevée, et le sentiment de stabilité reste à relativiser. Le vendredi 29 avril, 28 réacteurs sur 56 (soit 31,8 GW) étaient hors service (51,8 % de la capacité totale du parc nucléaire).

Du point de vue de la production renouvelable, elle semble pour sa part se stabiliser. Tant que la demande reste relativement faible, cela ne pose pas de problèmes, mais une fois le marché exposé à une forte tension, les prix de marché pourraient dès lors se retrouver impactés.

La situation géopolitique reste préoccupante

La guerre est toujours présente, et le climat général reste très tendu. Le Président Poutine ne compte pas abandonner l’Ukraine si facilement. En parallèle, les ministres européens de l’Énergie ont évoqué ce lundi un arrêt progressif des achats de pétrole à la Russie, alors même que le charbon a déjà été proscrit en Europe.

Les prix de long terme se stabilisent

Ainsi, sur la courbe de long terme, les contrats pour une livraison en 2023 (Cal 2023 FR baseload) en France se négocient à 258,50 €/MWh le vendredi 29 avril, soit une variation de +0,15 €/MWh (+0,06 %) en une semaine. Pour les années suivantes, les contrats pour une livraison en 2024, 2025, et 2026 se négocient respectivement quant à eux à 185,36 €/MWh (-0,84 €/MWh), à 157,48 €/MWh (+0,99 €/MWh), et à 135,85 €/MWh (+0,62 €/MWh) le même jour.

Nos perspectives sont cette semaine plus optimistes que les semaines précédentes, avec une demande d’électricité à la baisse, malgré le nucléaire en berne et les sanctions futures prononcées envers la Russie. Cette tendance pourrait cependant ne pas durer longtemps, le marché demeure très tendu à court-moyen terme.

Loïc ARILAZA, Analyste Pricing Team Leader
prix électricité 2022

Marché du gaz

L’annonce de Gazprom n’a pas réellement impacté le marché

Le marché du gaz naturel a connu cette semaine un regain d’intérêt avec l’annonce (et la menace?) de la Russie en début de semaine d’un arrêt de l’approvisionnement en gaz vers la Pologne et la Bulgarie. Même si Gazprom avait annoncé depuis plusieurs semaines son souhait de refuser les paiements dans une monnaie autre que le Rouble, notamment du fait des sanctions imposées sur l’utilisation du réseau de transactions bancaires international SWIFT, les acteurs européens ne voulaient pas se laisser prendre dans un jeu de chantage énergétique avec la Russie.

Malgré tout, le prix du gaz naturel n’a que très peu augmenté, à court terme comme à long terme, du fait d’une demande générale à la baisse (avec l’arrivée des températures douces), d’un remplissage des stocks en hausse, et d’un afflux toujours très important de GNL, notamment en provenance des Etats-Unis.

Les prix du gaz naturel sont effectivement à la baisse

La tendance est donc plutôt baissière sur le marché du gaz naturel. Les injections, en provenance de Russie et de Norvège sont pour l’instant bonnes, ce qui permet au niveau de stock d’être environ 53,43 % plus élevé que l’année précédente à la même période.

Par ailleurs, dès mercredi, l’UE a semblé unie dans la réponse à apporter au chantage exercé par la présidence russe. La Commission juge en effet « injustifiée et inacceptable » l’interruption de la livraison à la Bulgarie et à la Pologne, des pays importants de transit pour toute la partie nord-ouest de l’Europe. Les Etats membres se disent d’ailleurs préparés à faire face à de telles mesures, et ne comptent pas céder à de telles menaces. Bien que l’Europe dépende encore à 40% de l’approvisionnement russe, les gouvernements nationaux ne semblent pas devoir céder quoique ce soit à la Russie.

Néanmoins, selon un rapport, les achats de gaz de gazoduc et de GNL ont augmenté jusqu’à 20% depuis l’invasion de l’Ukraine.

Les acteurs français et européens continuent de s’organiser vers l’indépendance au gaz russe

Les solutions pour s’affranchir du gaz russe continuent d’être trouvées. Engie va d’ailleurs importer 1,75 Mt/an supplémentaire de GNL du Texas (à la société américaine NextDecade) pour faire face aux futures diminutions des flux (peut-être par les sanctions futures) en provenance de Russie. Engie n’est pas la seule à diversifier ses sources d’approvisionnement. La France, de manière générale, va également lancer des appels d’offres de près de 1,6 TWh/an de production de biométhane pour accélérer la transition et s’affranchir énergétiquement de la Russie.

Les prix de long terme pourraient continuer de corriger à la baisse cette semaine, les menaces de coupure de l’approvisionnement russe n’ayant qu’un effet limité sur le marché. A court terme, la situation s’améliore également, avec la diversification en marche et l’afflux massif de GNL sur les côtes européennes.

Loïc ARILAZA, Analyste Pricing Team Leader
prix gaz 2022

Marché des émissions

Sur le marché européen du CO2, le prix des quotas est mitigé, volatile, et semble toujours se chercher une direction claire. Le vendredi 29 avril, le prix du contrat de référence Dec.22 atteignait 84,45 €/t, soit en baisse de 4,54 €/t en une semaine (-5,10 %). La tendance baissière des prix du gaz naturel s’est retrouvée sur ceux des EUA jusqu’en milieu de semaine, avant de repartir à la hausse jusqu’au vendredi. Le marché semble à nouveau intéresser les acteurs spéculatifs et la guerre en Ukraine exerce toujours une pression constante. Le prix du CO2 devrait rester dans la fourchette de prix 82-88 €/t cette semaine.

prix co2 2022

Marchés du pétrole et du charbon

L’Union Européenne envisage un embargo sur le pétrole russe

L’or noir repart à la hausse cette semaine pour atteindre 109,34 $/bbl (Brent mois+1) le vendredi 29 avril (+2,52 % en une semaine). La demande mondiale reste élevée, et un embargo européen en discussion sur le pétrole russe va faire peser une forte pression sur les prix les semaines à venir. La détente des prix du brut aura donc été courte. Toutefois, l’embargo européen n’aura lieu qu’en cas de vote unanime des 27 Etats membres, et certains pays de l’Union, tel que la Hongrie, sont très dépendants des oléoducs russes. La stratégie de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) de préconiser l’usage des stocks domestiques pour compenser le manque de pétrole russe sur le marché commence à trouver ses limites. La volatilité reste forte sur le marché, et le prix du brut devrait rester bien au-dessus des 100 $/bbl.

prix pétrole 2022

Le charbon mondial, entre embargo européen et importations asiatiques

Concernant le charbon, la tendance est clairement baissière cette semaine, dans le sillage des prix du gaz naturel. La Russie, pour continuer de vendre massivement et faire rentrer des liquidités, semble brader ses prix. L’Inde en profite allégrement, on constate en effet une hausse significative des importations indiennes, et asiatiques de manière générale. L’Asie offre en effet des débouchés conséquents aux hydrocarbures russes, sous embargo sur le continent européen.

prix charbon 2022

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