17 mars 2022

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L’Europe souhaite doubler ses objectifs de production de biogaz

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Chaque semaine, les experts de Capitole Energie analysent le marché de l’énergie pour apporter aux clients un éclairage sur l’évolution des prix du marché de l’énergie.

Les pays de l’Union Européenne s’interrogent sur la manière dont il est possible de devenir indépendant face aux importations de gaz russe. Ce sont en effet 45 % des importations européennes de gaz qui proviennent de Russie. En sachant que l’Europe importe 90 % du gaz qu’elle consomme. Plusieurs solutions sont avancées pour tendre à l’indépendance : la diversification des approvisionnements, des centres de stockage, etc. Cependant, le développement de la production de biogaz au sein de l’Union européenne semble être appuyé par de nombreux acteurs. Notamment la Commission Européenne et la France.

Le plan de l’Europe pour se détacher des importations russes : REPowerEU

La Commission Européenne a proposé le 8 mars dernier un plan permettant l’indépendance de l’Union face aux énergies fossiles russes. Ce plan doit permettre l’indépendance avant 2030.

Intitulé REPowerEU, ce plan comporte les solutions imaginées par la Commission qui doivent permettre de tenir ces objectifs de production et de diversification de l’approvisionnement énergétique européen.

Parmi les solutions avancées, on retrouve la diversification des imports depuis des pays producteurs autres que la Russie. Mais aussi et surtout le développement de la production européenne notamment grâce aux énergies renouvelables.

Le biogaz fait donc figure de proue afin de répondre à ces objectifs fixés par l’Union Européenne.

Le biogaz, qu’est-ce que c’est ?

Le processus de méthanisation permet de produire du biogaz qui fait alors office de l’équivalent « vert » du gaz naturel.

Le processus de production du bio méthane est simple : il résulte de la fermentation de matières organiques dans des bio méthaniseurs. Ces méthaniseurs consistent en des cuves de forme cylindrique. Hermétiques, ces cuves permettent la réalisation de différentes réactions biologiques qui engendrent finalement le dégagement de biogaz.

Deux méthodes différentes sont utilisées pour transformer la matière organique en biogaz. La première la plus utilisée en France est la voie liquide. Elle permet de traiter des matières premières étant peu sèches, notamment les lisiers et certains fumiers. La seconde se nomme méthanisation en voie sèche. Elle est moins utilisée dans les unités françaises.

Qu’en est-il de la méthanisation en Europe ?

Il existe en Europe plus de 18 000 installations de méthanisation. La production qui en découle équivaut alors à environ 63 000 GWh de biogaz.

L’Allemagne est le premier pays européen producteur de biogaz. Pour sa production, elle utilise des matières premières végétales dont les cultures sont presque exclusivement dédiées à la méthanisation. On retrouve par exemple le maïs ou la paille de céréales. Ce n’est pas le cas en France qui préfère user d’autres matières premières notamment des déchets agricoles et industriels afin de ne pas concurrencer l’alimentation.

Rapportés au nombre d’habitants, les pays ayant le plus investi dans la filière sont également la Suisse, la République Tchèque, le Luxembourg et l’Autriche.

La production de biométhane en France

À l’heure actuelle en France, il existe près de 900 unités permettant de produire du biogaz. À l’échelle locale, ces installations peuvent permettre de combler un léger déficit à une période donnée. La taille de ces unités n’est pas toujours très importante et ne donc en effet produire une quantité importante sur les douze mois de l’année. Ainsi, à l’échelle nationale, cette production de biogaz ne représente qu’1% de la production, soit 4 TWh. Les importations russes quant à elles représentent une quantité de 80 TWh soit 20 % de la consommation française de gaz.

Selon le syndicat des énergies renouvelables, de nombreux projets sont en cours et permettraient de porter la production française à 25 TWh d’ici à deux ou trois ans.

La biométhanisation : une solution pour réduire de deux tiers les importations de gaz russe

Les marchés de l’énergie sont très touchés par la guerre en Ukraine. Les cours du gaz naturel s’envolent puisque la Russie reste le plus grand producteur tout comme le plus grand exportateur de gaz à l’échelle mondiale comme à l’échelle européenne.

Les pays d’Europe font savoir leur souhait de se détacher des importations russes et ainsi de réduire de 2/3 les importations de gaz d’ici à la fin de l’année, soit 100 milliards de mètres cubes. Cependant, dans l’état actuel des choses, ces importations ne semblent pas diminuer.

L’Union Européenne a donc fait savoir sa volonté de doubler les objectifs de production de biogaz qu’elle s’était fixée pour 2030. Si ces objectifs doublent, cela signifie que la production de biogaz devra passer de 3,5 milliards de mètres cubes à 35 milliards de mètres cubes. Les volumes de production seraient alors multipliés par 10 en moins de dix ans.

Cette solution est-elle réalisable ?

Selon le PDG de l’association européenne de biogaz, Harmen Dekker, l’objectif de production de biogaz est atteignable, voire dépassable. Selon lui, la production de bio méthane pourrait même tripler d’ici à 2050 pour atteindre les 100 milliards de mètres cubes. Ce chiffre permettrait à la filière méthanisation de couvrir 30 à 50 % des besoins gaziers de l’Union Européenne.

L’inquiétude de la filière agricole

Cependant, les agriculteurs sont particulièrement concernés. En effet, puisque le biogaz en question serait produit à partir des déchets inhérents à leur activité. Certains voient donc en ce doublement des objectifs de production, l’occasion d’augmenter leurs revenus. Toutefois, d’autres voient en la filière biogaz une perte pour leurs exploitations de ressources précieuses, notamment le fumier ou les résidus de culture.

L’Europe met en place une série de mesures régissant les différentes agricultures nationales. Elles permettent alors aux agriculteurs de profiter d’un assouplissement des règles de subvention. L’idée est d’utiliser la politique agricole commune afin d’aider les agriculteurs à devenir producteurs d’énergie.  En France, la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) s’est intéressé au projet. Elle demande à lever certaines contraintes administratives dans le but de favoriser le développement de ces structures.

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